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Oct 19, 2026

CARF : le cadre de déclaration des crypto-actifs de l'OCDE

Le CARF expliqué : le cadre de déclaration des crypto-actifs de l'OCDE, les pays qui échangent dès 2027, ce que déclarent les plateformes et pourquoi on vous demande votre NIF.

CARF : le cadre de déclaration des crypto-actifs de l'OCDE

Le CARF (Crypto-Asset Reporting Framework, ou cadre de déclaration des crypto-actifs) est une norme fiscale de l'OCDE qui impose aux plateformes d'échange crypto, aux courtiers et aux prestataires similaires de collecter la résidence fiscale et le numéro d'identification fiscale de leurs clients, de déclarer chaque année les totaux de leurs transactions à leur administration fiscale locale et de faire transmettre automatiquement ces données aux administrations fiscales des pays où résident les clients. C'est l'équivalent crypto de la Norme commune de déclaration (NCD, ou CRS), qui fait déjà la même chose pour les comptes bancaires et d'investissement.

Les premières données portent sur l'année civile 2026 dans les pays qui l'adoptent en premier, avec les premiers échanges entre États en 2027. Ce guide présente les pays qui se sont engagés, qui doit déclarer, ce qui est déclaré, le lien entre le CARF, la CRS et la directive européenne DAC8, et ce qui vous sera demandé en tant qu'utilisateur.

Qu'est-ce que le CARF ?

Le CARF a été élaboré par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur mandat du G20. Il a été approuvé par l'OCDE le 26 août 2022, selon le considérant 9 de la directive DAC8 de l'UE, et publié en juin 2023 avec des modifications de la CRS dans un ensemble unique, les International Standards for Automatic Exchange of Information in Tax Matters de l'OCDE.

Sa raison d'être est simple. Les cryptos peuvent être achetées, détenues et transférées sans banque, et les crypto-actifs échappaient généralement aux systèmes d'échange automatique existants. Comme l'indiquait la consultation 2024 du HMRC, les administrations fiscales n'avaient donc pas une visibilité complète. Le CARF comble cette lacune en obligeant les intermédiaires à déclarer.

Le CARF est une norme fiscale, et non une règle de lutte contre le blanchiment. Il coexiste avec le KYC et la Travel Rule, mais poursuit un autre objectif : informer votre administration fiscale de vos opérations afin qu'elle puisse contrôler votre déclaration.

Quels pays se sont engagés, et à quelle date

Le 10 novembre 2023, un groupe de juridictions a publié une déclaration commune par laquelle elles s'engageaient à transposer le CARF dans leur droit national et à activer les accords d'échange « à temps pour que les échanges commencent d'ici 2027 ». Le Forum mondial de l'OCDE suit désormais les engagements formels. Sa liste des juridictions engagées, mise à jour pour la dernière fois le 23 juin 2026, indique :

Premiers échanges d'iciNombreExemples
202746États membres de l'UE dont la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne ; le Royaume-Uni ; le Japon ; la Corée ; le Brésil ; l'Afrique du Sud ; les îles Caïmans ; Jersey ; Guernesey
202829Australie, Canada, Singapour, Suisse, Hong Kong (Chine), Émirats arabes unis, Bahamas, Bermudes, îles Vierges britanniques, Chypre
20291États-Unis

Cela représente 76 juridictions engagées. La même liste cite cinq juridictions que le Forum mondial juge pertinentes pour le CARF mais qui ne se sont pas encore engagées : l'Argentine, le Salvador, la Géorgie, l'Inde et le Viet Nam. Un premier échange « d'ici 2027 » signifie que les prestataires de ces pays collectent les données en 2026 et les déclarent en 2027.

Qui doit déclarer : les RCASP

L'obligation incombe aux prestataires de services sur crypto-actifs déclarants (Reporting Crypto-Asset Service Providers, RCASP). Les lignes directrices du HMRC décrivent un RCASP comme une entreprise qui soit effectue des transactions sur crypto-actifs pour le compte d'utilisateurs, soit met à leur disposition un moyen d'en effectuer. Les plateformes d'échange, les courtiers et les négociants crypto en sont des exemples.

Comme de nombreux prestataires opèrent dans plusieurs pays, le CARF utilise des règles de rattachement pour déterminer où un prestataire déclare. Les critères s'appliquent selon une hiérarchie, avec la résidence fiscale en tête ; les autres critères sont le lieu de constitution, le lieu de direction et le fait de disposer d'un établissement habituel dans le pays. Un prestataire résident fiscal en France et constitué au Royaume-Uni déclare par exemple uniquement en France.

Tous les jetons ne sont pas concernés. Selon le HMRC, un crypto-actif doit pouvoir être utilisé à des fins de paiement ou d'investissement, et les monnaies numériques de banque centrale ainsi que certains produits de monnaie électronique relèvent plutôt de la CRS. Les stablecoins et de nombreux autres jetons entrent dans le champ d'application.

Ce qui est déclaré

Les prestataires déclarent deux blocs d'informations par client. Le HMRC énumère les données d'identité suivantes :

  • Personnes physiques : nom, date de naissance, adresse du domicile, pays de résidence et numéro d'identification fiscale (NIF/TIN) avec son pays d'émission.
  • Entités, comme les sociétés, partenariats, trusts et associations caritatives : dénomination sociale, adresse principale de l'activité, numéro d'immatriculation ou NIF, et dans certains cas des informations sur les personnes qui contrôlent l'entité.

Les données de transaction sont agrégées par client, par crypto-actif et par type de transaction. Les transactions déclarables sont :

  • les échanges entre crypto-actifs et monnaie fiduciaire, dans les deux sens ;
  • les échanges d'un crypto-actif contre un autre ;
  • les transactions de paiement de détail déclarables, c'est-à-dire les paiements en crypto pour des biens ou services d'une valeur supérieure à 50 000 USD ;
  • les autres transferts vers et depuis le client ;
  • les transferts vers des adresses de portefeuilles externes, ce qui inclut en pratique les retraits vers des portefeuilles en auto-conservation.

Lorsque le prestataire en a connaissance, il indique aussi le type de transaction, notamment le staking, les prêts crypto, le wrapping et l'utilisation en collatéral. Il s'agit de totaux annuels, et non d'un journal opération par opération, et le CARF ne déclare ni plus-values ni moins-values. Votre administration fiscale reçoit les données de base et s'appuie toujours sur votre propre déclaration pour calculer ce que vous devez.

CARF, CRS et DAC8

La CRS est la norme existante de l'OCDE pour les comptes financiers : les banques, les dépositaires et certaines entités d'investissement déclarent les soldes et revenus des titulaires de comptes étrangers. L'ensemble de 2023 a modifié la CRS en même temps qu'il créait le CARF. Il en résulte une répartition claire : selon le HMRC, les monnaies numériques de banque centrale et certains produits de monnaie électronique sont déclarés au titre de la CRS, et les autres crypto-actifs au titre du CARF.

La DAC8 est l'instrument par lequel l'UE inscrit le CARF dans son droit. La directive (UE) 2023/2226 du Conseil s'applique depuis le 1er janvier 2026, et les administrations fiscales de l'UE doivent échanger les données dans les neuf mois suivant la fin de chaque année civile : le premier échange des données 2026 doit donc intervenir au plus tard le 30 septembre 2027. La DAC8 suit de près le CARF mais ajoute des règles propres à l'UE, comme l'enregistrement des opérateurs de crypto-actifs non européens qui servent des résidents de l'UE. Notre guide sur la DAC8 la détaille.

Les États-Unis disposent de leur propre système national de déclaration par les courtiers, le formulaire 1099-DA, entré en vigueur avec les transactions de 2025. L'engagement américain figurant sur la liste de l'OCDE porte sur des échanges d'ici 2029. Voir notre guide du formulaire 1099-DA.

Exemple : la mise en œuvre du CARF au Royaume-Uni

Le Royaume-Uni fait partie des premiers pays à avancer, et les lignes directrices publiées par le HMRC montrent à quoi ressemble la mise en œuvre en pratique :

  • Depuis le 1er janvier 2026, les RCASP britanniques doivent exercer leurs obligations de vigilance envers leurs clients.
  • Le Royaume-Uni a étendu le CARF aux clients résidents britanniques : les utilisateurs britanniques sont déclarés au HMRC, en plus des utilisateurs étrangers déclarés à leur pays d'origine (document d'orientation du HMRC, novembre 2025).
  • Les prestataires doivent s'inscrire sur le service en ligne du HMRC et informer les utilisateurs qu'ils déclareront leurs données au plus tard le 31 janvier 2027.
  • La première déclaration, couvrant la période du 1er janvier au 31 décembre 2026, doit être déposée entre le 1er janvier et le 31 mai 2027 (HMRC).
  • Les pénalités peuvent atteindre 300 £ par utilisateur en cas de défaut de déclaration, de déclaration tardive ou d'informations inexactes.

Ce qui sera demandé aux utilisateurs : l'auto-certification

La partie du CARF que la plupart des utilisateurs remarquent est l'auto-certification fiscale. Il s'agit d'une courte déclaration, généralement un formulaire dans l'application, confirmant votre ou vos pays de résidence fiscale et votre NIF pour chacun d'eux.

  • Les nouveaux clients la fournissent à l'inscription. Le manuel du HMRC précise qu'elle doit être obtenue avant que le prestataire n'effectue la moindre transaction pour vous.
  • Les clients existants bénéficient d'une période de rattrapage. Au Royaume-Uni, les prestataires avaient jusqu'au 31 décembre 2026 pour recueillir les auto-certifications des clients déjà enregistrés au début de 2026 (IEIM8000470).
  • Le prestataire vérifie l'auto-certification au regard de ce qu'il sait déjà grâce au KYC, comme votre adresse et votre pièce d'identité. Une adresse au Royaume-Uni associée à une résidence fiscale déclarée ailleurs suscitera des questions.
  • Le manuel du HMRC sur les crypto-actifs avertit que ne pas fournir à un prestataire les informations requises peut entraîner une pénalité, et que le prestataire peut refuser de continuer à fournir ses services.

Contrôles d'identité et formulaire fiscal vont de pair : les plateformes d'échange recueillent généralement l'auto-certification dans le même parcours d'inscription que la vérification d'identité, en utilisant pour l'étape KYC des outils comme la vérification d'identité crypto d'iDenfy.

Et la DeFi et l'auto-conservation ?

Le CARF passe par les intermédiaires. Les jetons que vous détenez dans votre propre portefeuille et les swaps que vous effectuez directement on-chain ne sont déclarés par personne au titre du CARF, mais un retrait d'une plateforme d'échange déclarante vers votre portefeuille est déclaré comme un transfert vers une adresse externe. La question de savoir si une interface DeFi donnée est un RCASP dépend de ce qu'elle effectue des transactions pour les utilisateurs ou leur fournit un moyen d'en effectuer, ce qui s'apprécie au cas par cas. Rien de tout cela ne modifie votre propre obligation de déclarer vos plus-values et revenus imposables.

Les applications DeFi de JewelSwap sont non dépositaires et ne collectent pas d'auto-certifications fiscales. Voir le KYC dans la DeFi expliqué.

Questions fréquentes

Que signifie CARF ?

Crypto-Asset Reporting Framework, ou cadre de déclaration des crypto-actifs. C'est une norme de l'OCDE pour l'échange automatique d'informations fiscales sur les transactions crypto entre pays, approuvée en 2022 et publiée avec des modifications de la Norme commune de déclaration en juin 2023.

Quand le CARF entre-t-il en vigueur ?

Cela dépend du pays. Selon la liste du Forum mondial de l'OCDE mise à jour le 23 juin 2026, 46 juridictions procéderont à leurs premiers échanges d'ici 2027 (sur les données 2026), 29 d'ici 2028 et les États-Unis d'ici 2029.

Les États-Unis participent-ils au CARF ?

Le Forum mondial de l'OCDE indique que les États-Unis se sont engagés à réaliser leurs premiers échanges d'ici 2029. Au niveau national, les courtiers américains déclarent déjà les ventes de leurs clients sur le formulaire 1099-DA, à partir des transactions de 2025.

Quelles informations le CARF déclare-t-il à mon sujet ?

Votre nom, votre adresse, votre date de naissance, votre résidence fiscale et votre numéro d'identification fiscale, ainsi que les totaux annuels, par crypto-actif, de vos échanges crypto-fiat et crypto-crypto, de vos transferts entrants et sortants et de vos retraits vers des portefeuilles externes. Il ne déclare ni plus-values ni moins-values.

Quelle est la différence entre le CARF et la DAC8 ?

Le CARF est la norme mondiale de l'OCDE. La DAC8 est la directive européenne qui transpose le CARF dans le droit de l'UE, avec quelques ajouts propres à l'UE comme l'enregistrement des opérateurs crypto non européens. La DAC8 s'applique depuis le 1er janvier 2026.

Pourquoi ma plateforme d'échange me demande-t-elle ma résidence fiscale et mon NIF ?

En vertu du CARF et de la DAC8, les prestataires doivent recueillir une auto-certification fiscale auprès de chaque client. Les nouveaux clients la fournissent à l'inscription, et les clients existants pendant une période de rattrapage. Au Royaume-Uni, le HMRC avertit que ne pas fournir les informations requises peut entraîner une pénalité et que le prestataire peut refuser de continuer à fournir ses services.

Pour aller plus loin

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil fiscal, juridique ou financier. Les chiffres sur les engagements proviennent de la liste du Forum mondial de l'OCDE des juridictions engagées dans le CARF, mise à jour pour la dernière fois le 23 juin 2026. Les informations sur le Royaume-Uni proviennent des lignes directrices et manuels du HMRC, et celles sur l'UE de la directive (UE) 2023/2226 du Conseil, toutes vérifiées le 9 octobre 2026. Les règles et calendriers évoluent ; consultez les indications de votre administration fiscale.

About the author.

Co-Founder at JewelSwap & Chief Strategy Officer at iDenfy. Viktor brings his successful track record of superb development & project management.