Français
Oct 19, 2026

AMLR : l'UE interdit les privacy coins en 2027 (article 79)

Dès le 10 juillet 2027, l'article 79 de l'AMLR interdit aux PSCA les privacy coins et les comptes anonymes. Impact sur Monero, les wallets auto-hébergés et l'AMLA.

AMLR : l'UE interdit les privacy coins en 2027 (article 79)

À partir du 10 juillet 2027, le règlement européen sur la lutte contre le blanchiment (AMLR, règlement (UE) 2024/1624) interdit aux prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA, ou CASP) de tenir des comptes de crypto-actifs anonymes ou tout compte permettant d'anonymiser ou d'opacifier des transactions, « y compris au moyen de crypto-monnaies renforçant l'anonymat ». C'est l'article 79 et, concrètement, il signifie que les plateformes d'échange et les dépositaires régulés dans l'UE ne pourront plus proposer de privacy coins de type Monero. Il ne rend pas illégal le fait d'en posséder ni de les conserver dans votre propre wallet.

Cette interdiction fait partie d'un ensemble plus vaste. L'AMLR remplace les règles nationales de lutte contre le blanchiment par un corpus unique à l'échelle de l'UE, une nouvelle autorité européenne (l'AMLA, basée à Francfort) commence à superviser directement les entreprises transfrontalières les plus risquées à partir de 2028, et le règlement sur les transferts de fonds encadre déjà les transferts vers et depuis les wallets auto-hébergés.

Qu'est-ce que l'AMLR ?

L'AMLR est le cœur du paquet européen de lutte contre le blanchiment, publié au Journal officiel le 19 juin 2024 avec le règlement AMLA (UE) 2024/1620 et la sixième directive anti-blanchiment (UE) 2024/1640, selon la chronologie publiée par l'AMLA.

Les anciennes règles européennes de lutte contre le blanchiment étaient des directives que chaque pays transposait différemment dans son droit national. L'AMLR est un règlement : il s'applique donc directement dans tous les États membres. Son article 90 prévoit qu'il s'applique à partir du 10 juillet 2027. La seule exception concerne les agents de football et les clubs de football professionnels, qui suivront à partir du 10 juillet 2029.

L'AMLR classe les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) parmi les établissements financiers et reprend la définition des CASP issue de MiCA : les entreprises agréées au titre de MiCA deviennent ainsi des « entités assujetties » soumises à des obligations comparables à celles des banques : vigilance, surveillance, déclaration et conservation des données. Notre guide sur ce qu'est un VASP présente la définition internationale.

Article 79 : l'interdiction des privacy coins, mot à mot

L'article 79, paragraphe 1, de l'AMLR dispose que les établissements de crédit, les établissements financiers et les CASP « ont l'interdiction de tenir » plusieurs types de comptes anonymes, dont « des comptes de crypto-actifs anonymes ainsi que tout compte permettant par ailleurs l'anonymisation du titulaire du compte client ou l'anonymisation ou l'opacification accrue des transactions, y compris au moyen de crypto-monnaies renforçant l'anonymat ».

  • La définition est large. L'article 2, paragraphe 1, point 25, définit les crypto-monnaies renforçant l'anonymat comme des crypto-actifs « dotés de fonctionnalités intégrées conçues pour rendre anonymes les informations relatives aux transferts de crypto-actifs, de manière systématique ou optionnelle ». Une crypto-monnaie n'a donc pas besoin d'être privée par défaut pour être concernée.
  • Elle vise les prestataires, pas les particuliers. L'interdiction porte sur le fait, pour les CASP, de tenir de tels comptes. Le considérant 160 précise qu'elle « ne s'applique pas aux fournisseurs de matériel et de logiciels ni aux fournisseurs de portefeuilles auto-hébergés dans la mesure où ils n'ont ni accès à ces portefeuilles de crypto-actifs ni contrôle sur ceux-ci ».
  • Les comptes existants doivent être contrôlés. Le second alinéa de l'article 79, paragraphe 1, impose que les titulaires et bénéficiaires de comptes anonymes existants, y compris de comptes de crypto-actifs, fassent l'objet de mesures de vigilance à l'égard de la clientèle avant toute utilisation de ces comptes.

L'AMLR n'est pas la première règle européenne en la matière. L'article 76, paragraphe 3, de MiCA impose déjà aux plateformes de négociation de refuser l'admission des crypto-actifs « dotés d'une fonction d'anonymisation intégrée, à moins que les détenteurs de ces crypto-actifs et l'historique de leurs transactions puissent être identifiés ». Les règles de MiCA applicables aux CASP s'appliquent depuis le 30 décembre 2024. L'article 79 va plus loin et couvre tous les CASP et tous les types de comptes.

Ce que cela change pour les détenteurs de Monero et de Zcash

Monero est le cas le plus net. Le projet Monero décrit chaque utilisateur comme « anonyme par défaut », l'expéditeur, le destinataire et le montant étant masqués grâce aux adresses furtives, aux signatures de cercle et à RingCT. Il s'agit d'une fonctionnalité d'anonymat intégrée « systématique » au sens de l'AMLR.

Zcash est un cas moins tranché. Le site de Zcash explique que les utilisateurs peuvent choisir des adresses blindées (shielded), qui gardent les détails des transactions confidentiels, ou des adresses transparentes, publiques comme sur la plupart des blockchains. Comme la définition de l'AMLR inclut les crypto-monnaies anonymes « de manière optionnelle », une lecture littérale suggère que Zcash est concerné, même si une plateforme n'utilise que des adresses transparentes. La rigueur avec laquelle les superviseurs interpréteront ce point n'est pas encore fixée.

La plupart des grandes plateformes d'échange n'ont pas attendu 2027 :

  • Binance a annoncé le 6 février 2024 le retrait de la cote du XMR, avec une fin des échanges le 20 février 2024, selon Cointelegraph.
  • Kraken a cessé les échanges et les dépôts de XMR dans l'Espace économique européen à partir du 31 octobre 2024, invoquant des « changements réglementaires ». Les utilisateurs de l'EEE avaient jusqu'au 31 décembre 2024 pour retirer leurs fonds, après quoi les soldes ont été convertis en bitcoin, d'après l'article de Cointelegraph sur l'avis de Kraken.

Si vous détenez une privacy coin, voici ce qui change et ce qui ne change pas :

  • L'AMLR ne rend pas illégale la détention de XMR ou de ZEC. Les obligations pèsent sur les entreprises régulées.
  • Attendez-vous à ce qu'aucune plateforme ni aucun dépositaire régulé dans l'UE ne conserve ces crypto-monnaies pour vous après le 10 juillet 2027. Si le vôtre le fait encore, retirez vos fonds à temps : les conversions forcées sont une issue fréquente.
  • Les fonds passés par des privacy coins ou des mixeurs peuvent susciter des questions supplémentaires auprès d'une plateforme régulée (voir les signaux d'alerte AML en crypto).

Les obligations des CASP au titre de l'AMLR

Au-delà de l'article 79, l'AMLR fixe plusieurs obligations propres à la crypto. Les principales :

  • Vigilance sur les transactions occasionnelles. L'article 19, paragraphe 3, impose aux CASP d'appliquer l'ensemble des mesures de vigilance à l'égard de la clientèle pour les transactions occasionnelles de 1 000 EUR ou plus, y compris les transactions liées, et au minimum d'identifier le client en dessous de ce montant. Il n'existe pas d'exemption pour les « petites transactions » en crypto.
  • Risque lié aux adresses auto-hébergées. L'article 40 impose aux CASP d'évaluer le risque des transferts vers ou depuis des adresses auto-hébergées et d'appliquer une ou plusieurs mesures d'atténuation, comme vérifier qui se trouve derrière l'adresse, demander davantage d'informations sur l'origine ou la destination des actifs, ou renforcer la surveillance continue. L'AMLA doit publier des orientations à ce sujet d'ici le 10 juillet 2027.
  • Relations de correspondance. L'article 37 impose des contrôles renforcés avant qu'un CASP ne travaille avec une contrepartie hors UE fournissant des services similaires : agrément ou enregistrement, réputation et supervision, dispositif AML, et approbation de la direction.

Les détails sont en cours de finalisation. Le 1er octobre 2026, l'AMLA a annoncé avoir finalisé trois séries de projets de normes techniques de réglementation, portant sur la vigilance à l'égard de la clientèle (y compris la vérification à distance et le filtrage des PPE), l'identification des transactions occasionnelles et liées, et les contrôles à l'échelle du groupe. Elles ont été transmises à la Commission européenne et il est proposé qu'elles s'appliquent six mois après leur entrée en vigueur.

Des fournisseurs comme l'outil de filtrage AML d'iDenfy automatisent les contrôles de sanctions, de PPE et d'informations défavorables (adverse media) qui font partie de la vigilance à l'égard de la clientèle. Nos guides sur la CDD et l'EDD et sur l'analyse blockchain couvrent le reste.

Wallets auto-hébergés et règle des 1 000 EUR

Les transferts vers votre propre wallet relèvent d'un texte distinct, déjà en vigueur : le règlement sur les transferts de fonds (UE) 2023/1113, applicable depuis le 30 décembre 2024. C'est la version européenne de la Travel Rule crypto.

  • Chaque transfert entre CASP transporte des données. L'article 14 impose au CASP émetteur de transmettre le nom, l'adresse et les coordonnées de compte du donneur d'ordre, ainsi que le nom et l'adresse du bénéficiaire, sans montant minimum.
  • Transferts vers une adresse auto-hébergée. L'article 14, paragraphe 5, impose au CASP d'obtenir et de conserver ces mêmes informations. Pour les montants supérieurs à 1 000 EUR, il doit prendre des mesures appropriées pour déterminer si l'adresse appartient à son propre client ou est contrôlée par lui.
  • Transferts depuis une adresse auto-hébergée. L'article 16, paragraphe 2, applique le même critère de 1 000 EUR au CASP destinataire.

C'est pourquoi une plateforme peut vous demander de signer un message depuis votre wallet ou de confirmer que l'adresse vous appartient avant un retrait important.

L'AMLA et la supervision directe à partir de 2028

L'Autorité de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (AMLA) est une nouvelle agence de l'UE dont le siège est à Francfort-sur-le-Main. Selon le site de l'AMLA, elle a été juridiquement instituée le 26 juin 2024, Bruna Szego a été nommée première présidente le 21 janvier 2025, et l'autorité a commencé ses activités à l'été 2025.

Son pouvoir phare est la supervision directe. En vertu des articles 12 et 13 du règlement AMLA :

  • L'AMLA évalue périodiquement les établissements de crédit et financiers présents dans au moins six États membres, les CASP figurant parmi les catégories évaluées.
  • Ceux qui présentent un profil de risque résiduel élevé deviennent des « entités assujetties sélectionnées ». Lors du premier exercice, si plus de 40 entités remplissent les critères, l'AMLA retient les 40 présentes dans le plus grand nombre d'États membres.
  • L'AMLA doit lancer la première sélection d'ici le 1er juillet 2027, la terminer dans un délai de six mois, publier la liste et commencer la supervision directe six mois après cette publication. La chronologie de l'AMLA situe le début de la supervision directe en 2028.

Toutes les autres entités restent sous la supervision de leur autorité nationale. Le 7 octobre 2026, l'AMLA a publié sa réponse à la révision de MiCA par la Commission, en suggérant d'intégrer le staking, le prêt et l'emprunt au cadre réglementaire et en demandant une définition juridique claire des dispositifs DeFi et de qui exerce un contrôle effectif sur eux.

Calendrier : les dates à retenir

DateÉvénement
19 juin 2024Publication de l'AMLR, du règlement AMLA et de l'AMLD6 au Journal officiel
26 juin 2024Institution juridique de l'AMLA
30 décembre 2024Entrée en application du règlement sur les transferts de fonds (Travel Rule, contrôles des wallets auto-hébergés) et des règles MiCA applicables aux CASP, y compris l'article 76, paragraphe 3
1er juillet 2025Entrée en application de l'essentiel du règlement AMLA
1er octobre 2026L'AMLA finalise les projets de normes sur la CDD, les transactions occasionnelles et les contrôles à l'échelle du groupe
Au plus tard le 1er juillet 2027L'AMLA lance la première sélection pour la supervision directe
10 juillet 2027Entrée en application de l'AMLR, y compris l'interdiction de l'article 79 ; date limite de transposition de l'AMLD6 ; orientations de l'AMLA sur les adresses auto-hébergées attendues
2028L'AMLA commence la supervision directe de 40 entités sélectionnées au maximum
10 juillet 2029L'AMLR s'applique aux agents de football et aux clubs de football professionnels

Ce que cela signifie pour les utilisateurs et la DeFi

Pour la plupart des utilisateurs, l'AMLR signifie davantage des mêmes contrôles. Le vrai changement concerne les détenteurs de privacy coins, qui perdent l'accès aux points d'entrée régulés dans l'UE.

Les règles s'appliquent aux entités assujetties, pas aux logiciels. La question ouverte est de savoir jusqu'où s'étend la notion de « contrôle » dans la DeFi, que l'AMLA a demandé à la Commission de définir. Les applications de JewelSwap sur MultiversX, Sui et Radix sont non custodiales et n'effectuent pas elles-mêmes de KYC ; notre explication sur le KYC dans la DeFi détaille ce fonctionnement.

Questions fréquentes

L'UE interdit-elle les privacy coins en 2027 ?

Pas pour les particuliers. À partir du 10 juillet 2027, l'article 79 de l'AMLR (règlement (UE) 2024/1624) interdit aux prestataires de services sur crypto-actifs et aux banques de tenir des comptes anonymes ou des comptes permettant l'anonymisation, y compris au moyen de crypto-monnaies renforçant l'anonymat. Détenir une privacy coin dans votre propre wallet n'est pas interdit.

Que sont les crypto-monnaies renforçant l'anonymat au sens de l'AMLR ?

L'article 2, paragraphe 1, point 25, de l'AMLR les définit comme des crypto-actifs dotés de fonctionnalités intégrées conçues pour rendre anonymes les informations relatives aux transferts, de manière systématique ou optionnelle. Monero, privé par défaut, correspond à cette description, et les crypto-monnaies dotées de fonctions de confidentialité optionnelles peuvent aussi être concernées.

Pourrai-je encore détenir du Monero dans l'UE après juillet 2027 ?

Oui, dans un wallet auto-hébergé. L'interdiction vise les prestataires régulés, et le considérant 160 exclut les fournisseurs de matériel, de logiciels et de wallets auto-hébergés qui n'ont ni accès aux wallets des utilisateurs ni contrôle sur ceux-ci. Une plateforme ou un dépositaire régulé dans l'UE ne devrait pas conserver de Monero pour vous.

Qu'est-ce que l'AMLA ?

L'AMLA est l'Autorité européenne de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, créée par le règlement (UE) 2024/1620 et basée à Francfort. Elle coordonne les superviseurs nationaux, publie des normes et, à partir de 2028, supervisera directement jusqu'à 40 entreprises financières transfrontalières à haut risque, parmi lesquelles peuvent figurer des prestataires de services sur crypto-actifs.

Qu'est-ce que la règle des 1 000 EUR pour les wallets auto-hébergés ?

En vertu du règlement sur les transferts de fonds (UE) 2023/1113, en vigueur depuis le 30 décembre 2024, un prestataire de services sur crypto-actifs doit déterminer si une adresse auto-hébergée appartient à son client ou est contrôlée par lui lorsqu'un transfert vers ou depuis cette adresse dépasse 1 000 EUR.

L'AMLR s'applique-t-il à la DeFi ?

L'AMLR s'applique aux entités assujetties, comme les prestataires de services sur crypto-actifs, et non aux logiciels en tant que tels. Son application aux dispositifs DeFi reste une question ouverte : en octobre 2026, l'AMLA a demandé à la Commission européenne une définition juridique claire de la DeFi et de qui exerce un contrôle effectif.

À lire aussi

Cet article est éducatif et ne constitue ni un conseil juridique ni un conseil financier. Les références juridiques renvoient au règlement (UE) 2024/1624 (AMLR), au règlement (UE) 2024/1620 (règlement AMLA), à la directive (UE) 2024/1640, au règlement (UE) 2023/1113 (règlement sur les transferts de fonds) et au règlement (UE) 2023/1114 (MiCA), tous vérifiés sur EUR-Lex le 12 octobre 2026. Les dates et annonces de l'AMLA proviennent d'amla.europa.eu au 12 octobre 2026 ; les détails sur les retraits de la cote proviennent des articles de Cointelegraph relatant les avis des plateformes.

About the author.

Co-Founder at JewelSwap & Chief Strategy Officer at iDenfy. Viktor brings his successful track record of superb development & project management.